mercredi 25 février 2015

"Je pousse mon dernier cri, un cri guttural, un cri de révolte..." [Amazones, Raphaëlle Riol]

















C'est peut-être une erreur de ma part, mais la littérature féministe française ne me semble pas hyper abondante, en ce moment. Certains romans sont féministes à demi-mots, un peu par hasard, sans trop se le dire, mais outre Virginie Despentes, je ne parviens pas à citer une auteure (de fiction j'entends, et qui soit éditée, diffusée et accessible au plus grand nombre, pas simplement à quelques initié-e-s ou communautés militantes) actuelle qui se revendique de cette lutte. Du coup, quand j'ai découvert le vilain gros mot en F inscrit en toutes lettres sur la 4ème de couverture du roman de Raphaëlle Riol, mon sang n'a fait qu'un tour et je l'ai aussitôt embarqué pour le dévorer d'une traite (ou deux).


★ L'intrigue 

C'est l'histoire de deux femmes que tout semble opposer, si ce n'est la colère qui les anime ainsi que le climat de suspicion qui entoure la mort de leur mari/copain. Alphonsine est âgée de 89 ans, Alice en affiche 30 au compteur. L'une se sent dépérir dans une maison de retraite où les journées sont rythmées par les parties de loto, les ateliers de coloriage et les chansons de Michel Sardou. L'autre serre les dents au boulot, son collègue rebaptisé "Jean Connard" par ses soins lui tapant atrocement sur les nerfs. C'est l'histoire de deux femmes sur le fil, au passé flou et à l'avenir obscur, qui composent chacune avec le regret, la tristesse et la révolte. Bref, un jour, les deux se rencontrent et décident de fuir loin de leur quotidien, afin de composer, ensemble cette fois, de nouveaux lendemains. 


★ Mon avis 

Si mon résumé vous a laissé penser que vous aviez là affaire à une oeuvre mélancolique et désespérée, bah c'est pas trop ça en fait. Amazones est drôle, mais aussi poétique. Sous des airs de fausse simplicité, l'écriture est maîtrisée. Plusieurs voix se font écho, celles d'Alphonsine et d'Alice, mais aussi celles des personnes qui traversent leur existence - et parfois même celles des morts. Les deux héroïnes se dévoilent ainsi tout en douceur, petit bout par petit bout, mais jamais complètement. Personnellement, j'ai trouvé ça un peu frustrant, tant j'aurais voulu tout savoir sur elles ! Mais c'est ce qui fait la beauté de ce roman, cette espèce de fragilité qui ne s'en donne pas l'air. Des morceaux de vie, des espoirs secrets sont mis en lumière, tandis que des questions sont laissées en suspens. Et leur force, justement, est de n'avoir pas de réponse. 
Bref, une belle découverte qui me donne très envie de me plonger dans les deux autres parutions de l'auteure : Ultra Violette et Comme elle vient


★ Le livre en détails 

Auteur : Raphaëlle Riol (France)
Année de parution : 2015
Éditeur : Actes Sud 
Collection : Babel
Pages : 216


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